
ENTRETIEN AVEC MADAME ARMELLE ROUDAUT-LAFON
SUR LA DIRECTION DES AFFAIRES MARITIMES ET LES ENJEUX JURIDIQUES DE LA GOUVERNANCE MARITIME EN PRINCIPAUTÉ DE MONACO
Madame Armelle Roudaut-Lafon occupe les fonctions de Directeur des affaires maritimes de la Principauté de Monaco. À ce titre, elle se situe au cœur de la régulation juridique, administrative et stratégique des activités maritimes monégasques, dans un contexte marqué par la montée en puissance des enjeux liés à la sécurité maritime, à la protection de l’environnement et à l’attractivité du pavillon monégasque.
Dans un État dont l’identité et le rayonnement international sont étroitement liés à la mer, la Direction des affaires maritimes joue un rôle structurant, tant dans l’élaboration et la mise en œuvre des normes que dans le dialogue avec les acteurs économiques et institutionnels du secteur.
À travers cet entretien, Madame Armelle Roudaut-Lafon revient, pour Monassodroit, sur les missions de son administration, sur les spécificités du droit maritime monégasque et sur les grands défis juridiques qui accompagnent l’évolution contemporaine des activités maritimes.
Question 1 : Avant d’aborder vos fonctions actuelles, pourriez-vous nous retracer votre parcours professionnel et universitaire, ainsi que les étapes qui vous ont conduite à exercer aujourd’hui les responsabilités de Directrice des affaires maritimes de la Principauté de Monaco ?
Je suis diplômée de l’institut d’études politiques de Toulouse et d’un 3ème cycle (DESS) de diplomatie et d’administration des organisations internationales. (Paris XI). A l’issue de mon parcours universitaire, j’ai passé le concours d’administrateur des affaires maritimes en France et ai suivi une formation théorique et pratique de 2 ans et demi avant d’intégrer mon premier poste de fonctionnaire français.
A noter que les administrateurs des affaires maritimes français sont des officiers de la marine et ont donc un statut militaire qui implique une mobilité professionnelle régulière.
Après 20 ans de postes différents en Méditerranée et en Atlantique, j’ai été recrutée par le gouvernement princier en septembre 1992 comme directeur des affaires maritimes, en tant que fonctionnaire français détaché. Mon dernier poste en France était à Nice où je collaborais ponctuellement déjà avec Monaco.

Question 2 : La Direction des affaires maritimes occupe une place centrale dans l’organisation administrative de la Principauté. Pourriez-vous préciser l’étendue de ses missions et la manière dont elle s’inscrit dans la structuration globale de l’action publique monégasque ?
La direction des affaires maritimes est une direction du département de l’Equipement, de l’Environnement et de l’Urbanisme (DEEU). Elle est intégrée au gouvernement pour proposer et appliquer les politiques publiques en matière maritime, portuaire et littorale. La direction des affaires maritimes remplit les missions d’Etat du pavillon (élaboration et application des règles de naturalisation et d’immatriculation des navires, visites de sécurité des navires… ), d’Etat du port ( tutelle de la société d’exploitation des ports – élaboration de la réglementation portuaire) et de l’Etat du littoral ( élaboration et application des règles de navigation et de mouillage dans les eaux monégasques en tout temps et pour les évènements particuliers- participation à la lutte contre les pollutions maritimes ou la protection de l’environnement marin.
La direction des affaires maritimes a également un rôle à l’international qu’elle exerce en lien avec le département des relations extérieures et de la coopération et son département de tutelle. (Participation aux réunions de l’Organisation Maritime Internationale, à celles des accords RAMOGE, PELAGOS et ACCOBAMS ainsi qu’à toute réunion pertinente sur le domaine maritime)
Question 3 : Le droit maritime est un droit profondément internationalisé, marqué par l’influence de nombreuses conventions et organisations internationales. Comment s’articule, dans la pratique, le droit monégasque avec ces normes internationales, et quelle marge d’autonomie conserve la Principauté en la matière ?
La Principauté a ratifié les conventions maritimes internationales les plus importantes et sa réglementation nationale l’intègre automatiquement ou avec des ajustements. Ainsi pour la réglementation en matière de sécurité du navire, la principauté n’a pas de marge mais elle participe à l’élaboration de cette réglementation internationale par sa participation aux différents comités de l’organisation maritime internationale.
Par contre, la Principauté garde une marge de manœuvre importante pour la réglementation de son littoral, de la sécurité de la navigation à l’occasion d’évènements particuliers ou des mesures touchant l’économie maritime locale.
Au-delà des règles internationales, Monaco travaille avec une grande proximité avec l’Italie et la France au travers d’accords régionaux afin d’adopter une réglementation régionale commune pertinente au niveau du bassin de navigation que constitue la méditerranée occidentale. C’est particulièrement le cas pour la lutte contre la pollution maritime ou l’organisation des espaces maritimes. Monaco est pleinement intégré au monde sur le plan maritime et ne peut agir réellement isolément.
Parfois, la Principauté, par son indépendance par rapport à l’Union Européenne et sa taille a pu jouer un rôle de pionnier pour des mesures ponctuelles dans le maritime que les autres Etats ont adopté ensuite.( exemple lutte contre la pollution atmosphérique par les navires – composition des carburants marins dé sulfurisés)
Question 4 : Les métiers du droit maritime restent souvent méconnus des étudiants en droit. Quels parcours et quelles compétences vous paraissent aujourd’hui indispensables pour exercer dans ce domaine, notamment au sein d’une administration comme la vôtre ?
De façon classique, les études les plus pertinentes pour l’administration de la mer restent les parcours de droit public avec le cas échéant au niveau master 1 ou 2 une spécialisation dans l’environnement marin ou l’aménagement du littoral. Une spécialisation en droit maritime (privé) peut également être un atout à Monaco non seulement dans l’administration mais aussi dans le secteur du Yachting directement ou des services juridiques (cabinets) qui accompagnent le yachting ou le transport maritime.
Question 5 : Enfin, au regard de votre expérience, quel regard portez-vous sur l’évolution du droit maritime contemporain et sur la place qu’un État comme Monaco peut y occuper, entre exigences internationales et affirmation de sa souveraineté juridique ?
Monaco a toute sa place dans un monde très internationalisé associé au concert des nations. Au sein de l’Organisation Maritime Internationale, organisation des nations unies basé sur le principe un Etat Une voix, Monaco joue pleinement son rôle. Les autres Etats viennent régulièrement chercher le parrainage de la Principauté. Au regard de l’engagement fort du souverain en faveur de l’environnement marin, Monaco accompagne de nouvelles propositions de réglementations innovantes. Ces réglementations sont parfois testées d’abord au niveau de la Principauté avant d’être reprises à l’international.
Propos recueillis le 16 juin 2026 par Kevin Da Costa
Publié le 17/06/2026
